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Contrôle des dossiers CEE : Ce qui change avec le décret du 9 octobre 2026

Le décret n° 2026-945 du 9 octobre 2026, publié au Journal officiel du 11 octobre, durcit le contrôle des certificats d'économies d'énergie. Depuis le 12 octobre, l'État peut contrôler un dossier dès son dépôt, sans attendre la délivrance des certificats, et les opérations spécifiques entrent dans le champ des sanctions. À partir du 1er novembre 2026, les acheteurs de certificats doivent vérifier leurs vendeurs sur huit points et remplir un formulaire par dossier. Pour une entreprise qui fait financer des travaux, la conséquence est simple : un dossier mal justifié sera refusé plus tôt et plus souvent. La pénalité reste plafonnée à 0,04 € par kWh cumac d'écart, soit environ quatre fois et demie la valeur des certificats au prix moyen de septembre 2026 (8,82 € le MWh cumac).

Règles vérifiées le 22 octobre 2026 dans les textes officiels

Ce qui change, texte par texte

RègleAvantDepuis le décretApplication
Moment du contrôleAprès la délivrance des certificatsDès le dépôt de la demande sur le registre (articles R. 222-4 et R. 222-5)12 octobre 2026
Qui est viséLe premier détenteur des certificatsAussi le demandeur, avant toute délivrance (articles R. 222-6 et R. 222-7)12 octobre 2026
Opérations contrôlablesOpérations standardiséesOpérations standardisées et spécifiques (article R. 222-7)12 octobre 2026
Pénalité0,04 € par kWh cumac d’écart sur les certificats délivrés, montant fixePlafond de 0,04 € par kWh cumac d’écart, sur les volumes demandés ou délivrés (article R. 222-10)12 octobre 2026
Vérifications des acheteurs de certificatsVérifications prévues par le code, sans liste minimale ni modèle de documentDocument daté de moins de 12 mois, huit vérifications minimales sur le vendeur, formulaire type signé et joint au contrat, pièces conservées six ans (articles R. 221-14-2 et R. 221-29)Certificats délivrés et cédés à partir du 1er novembre 2026
Décret n° 2026-945 du 9 octobre 2026 et arrêté du même jour. Colonne « Avant » : rédaction des articles R. 221-14-2 et R. 222-4 à R. 222-10 en vigueur au 1er octobre 2026.

Le décret règle aussi un cas propre aux fournisseurs d'électricité : si un fournisseur tiers à qui un producteur a délégué ses obligations (article L. 333-1) fait défaut, les obligations d'économies d'énergie reviennent au délégant. Cette règle vaut pour les contrats de délégation conclus à partir du 12 octobre 2026 et ne concerne pas les bénéficiaires de travaux.

Comment se déroule un contrôle

  1. Le ministère notifie un échantillon d'opérations au demandeur ou au premier détenteur : une liste, ou un périmètre défini par une fiche, une catégorie de bénéficiaires, un ou plusieurs départements, une période d'engagement ou de délivrance (article R. 222-7).
  2. Le contrôlé a un mois pour envoyer les justificatifs de chaque opération de l'échantillon. Une pièce manquante dans ce délai ramène le volume de l'opération à zéro (article R. 222-8).
  3. Le ministère recalcule le volume de chaque opération. Au moindre manquement, ou si son calcul donne moins que le volume demandé, l'opération passe à zéro.
  4. L'échantillon est conforme au-delà de 95 % : la somme des volumes établis doit dépasser 95 % de la somme des volumes demandés ou délivrés.
  5. Sinon, sanction possible après notification des griefs et au moins trente jours pour répondre : pénalité, et suspension de l'instruction des autres demandes du même type, qui peuvent ensuite être rejetées. Le contrôlé doit aussi vérifier ses dossiers délivrés dans les 24 mois précédents (article R. 222-10).

Les justificatifs restent exigibles dès le dépôt et pendant neuf ans après la délivrance des certificats (article R. 222-4). En amont, l'arrêté du 27 juillet 2026 fixe un plafond d'opérations « non satisfaisantes » lors des contrôles sur site réalisés par les organismes d'inspection avant le dépôt : au-delà de 14 % pour une fiche dans un lot en 2026, 12 % en 2027 et 10 % à partir de 2028, seules les opérations contrôlées conformes ou corrigées peuvent être déposées.

Ce que coûte un dossier non conforme

La pénalité ne peut pas dépasser 0,04 € × (volume demandé ou délivré − volume établi par le ministère), en kWh cumac, sur les opérations de l’échantillon. Elle frappe le demandeur ou le premier détenteur, c’est-à-dire le financeur qui a déposé le dossier, pas l’entreprise qui a fait les travaux.

ExempleValeur
Volume demandé sur l’échantillon2 000 MWh cumac
Volume établi par le ministère1 500 MWh cumac (75 %, sous le seuil de 95 %)
Écart500 MWh cumac, soit 500 000 kWh cumac
Pénalité maximale20 000 €
Valeur des certificats perdus au prix de septembre 2026environ 4 400 €
Calcul de CEE Prime à partir de l’article R. 222-10 et du prix moyen publié par le registre Emmy.

Le financeur paie donc jusqu'à quatre fois et demie la valeur des certificats en jeu. Il a toutes les raisons de refuser, avant le dépôt, un dossier dont une pièce est fragile.

Les huit vérifications des acheteurs de certificats

Pour les certificats délivrés à partir du 1er novembre 2026 et cédés à partir de cette date, l'acheteur (en pratique un obligé) établit un document daté et signé dans les douze mois qui précèdent le contrat. L'arrêté du 9 octobre 2026 fixe le minimum à vérifier sur le vendeur :

  1. l'attestation d'assurance professionnelle ;
  2. la situation fiscale et sociale : déclarations et paiements à jour ;
  3. la solidité financière, dont l’existence d’une procédure collective ;
  4. la situation des dirigeants et des bénéficiaires effectifs ;
  5. les condamnations définitives et sanctions liées aux CEE ;
  6. la politique d'amélioration continue et le système de management de la qualité couvrant l'activité CEE ;
  7. les procédures d'identification, d'évaluation et de gestion des risques ;
  8. les moyens consacrés aux CEE au regard des volumes vendus à l’acheteur sur les douze derniers mois.

Un formulaire signé par le vendeur et l'acheteur est joint au contrat de cession au plus tard à l'ordre de transfert. Il compte une ligne par décision de délivrance et par fiche, avec le taux d'opérations contrôlées, le taux de conformité de chaque fiche, les liens de contrôle entre le vendeur, le premier détenteur, ses mandataires, les organismes de contrôle et les professionnels intervenus, et la part du volume selon la forme du rôle actif et incitatif : prime, bon d'achat, prêt bonifié, audit ou conseil personnalisé, produit ou service offert, opération sur patrimoine propre. L'acheteur conserve ces pièces six ans après le transfert. S'il ne peut pas les produire, son dispositif est réputé incomplet (article R. 221-14-2, III).

Ce que ça change pour votre projet

Les textes visent les financeurs, mais c'est le dossier de votre opération qu'ils examinent. Notre lecture des conséquences pratiques :

  • Des dossiers complets dès le dépôt. Le contrôle pouvant intervenir avant la délivrance, devis, facture, attestation sur l'honneur et documents techniques doivent être conformes à la fiche au moment du dépôt, pas après.
  • Des notes de calcul solides pour les opérations spécifiques. Elles sont désormais sanctionnables : la situation de référence, la méthode et le calcul du volume sont les pièces que le ministère vérifie.
  • Des études préalables datées et signées quand la fiche l'exige, comme l'étude de dimensionnement d'une pompe à chaleur collective (BAT-TH-163) ou la note de déstratification (BAT-TH-142). Une étude absente ou incomplète ramène l'opération à zéro.
  • Des financeurs plus sélectifs. Avec une pénalité jusqu'à 0,04 € par kWh cumac, un obligé ou un délégataire écartera les dossiers douteux et les vendeurs fragiles. Les petits intermédiaires mal outillés auront plus de mal à vendre leurs certificats.
  • Une offre à lire de près. La loi ne dit pas ce qu'il advient de votre prime si le dossier est contrôlé : c'est l'offre du financeur qui fixe la date de versement et les conditions. Vérifiez ce qu'elle prévoit avant de la signer.

Enorel, bureau d'études thermiques et fluides partenaire du site, prépare les études préalables, les notes de dimensionnement et les calculs de volume, et vérifie devis et factures avant le dépôt. Téléphone : 07 56 88 11 55.

Questions fréquentes

Que change le décret n° 2026-945 du 9 octobre 2026 ?

Il permet de contrôler un dossier CEE dès son dépôt, étend les contrôles et sanctions aux opérations spécifiques, fait du montant de la pénalité (0,04 € par kWh cumac d'écart) un plafond applicable aussi aux volumes demandés, et fixe le contenu des vérifications que les acheteurs de certificats font sur leurs vendeurs à partir du 1er novembre 2026.

Quand le décret entre-t-il en vigueur ?

Le 12 octobre 2026, lendemain de sa publication, pour le contrôle et les sanctions. Les vérifications des acheteurs et le formulaire s'appliquent aux certificats délivrés à partir du 1er novembre 2026 et cédés dans des contrats conclus à partir de cette date.

L'entreprise qui a fait les travaux peut-elle être sanctionnée ?

La pénalité de l'article R. 222-10 vise le demandeur ou le premier détenteur des certificats, en pratique le financeur. Le bénéficiaire peut en revanche perdre sa prime si l'opération est ramenée à zéro, selon ce que prévoit l'offre qu'il a signée.

Quel est le montant maximal de la pénalité CEE ?

0,04 € par kWh cumac multiplié par l'écart entre le volume demandé ou délivré et le volume établi par le ministère sur l'échantillon contrôlé. Pour 500 MWh cumac d'écart, la pénalité peut atteindre 20 000 €.

Combien de temps garder les justificatifs d’un dossier CEE ?

Le premier détenteur tient les justificatifs à disposition dès le dépôt de la demande et pendant neuf ans après la délivrance des certificats. L'acheteur de certificats conserve son document de vérification, le formulaire et le contrat de cession six ans après le transfert.

Un bureau d’études est-il concerné par le décret ?

Indirectement. Le formulaire des acheteurs recense les liens de contrôle entre le vendeur, le premier détenteur et les professionnels intervenus sur les opérations. Et pour une opération spécifique, la note de calcul du bureau d'études devient la pièce examinée en cas de contrôle.

Sources