Décret tertiaire : Obligations, échéances et financement des travaux
Le décret tertiaire, ou dispositif Éco Énergie Tertiaire, oblige les propriétaires et les locataires de locaux tertiaires de 1 000 m² ou plus à réduire leur consommation d'énergie finale : au moins 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, ou une consommation plafond fixée par arrêté. Les consommations de chaque année se déclarent sur la plateforme OPERAT de l'ADEME avant le 30 septembre de l'année suivante. Les travaux qui servent ces objectifs peuvent être financés en partie par les certificats d'économies d'énergie.
Règles vérifiées le 15 octobre 2026 dans les textes officiels
Qui est concerné
Le décret s'applique aux activités tertiaires, marchandes ou non : bureaux, commerces, enseignement, santé, hôtellerie, restauration, logistique, administrations. Sont assujettis les propriétaires et, le cas échéant, les locataires (article R. 174-22 du code de la construction et de l'habitation) :
- d'un bâtiment qui n'héberge que des activités tertiaires, sur une surface de plancher d'au moins 1 000 m² ;
- des parties d'un bâtiment mixte qui hébergent des activités tertiaires sur une surface cumulée d'au moins 1 000 m² ;
- d'un ensemble de bâtiments situés sur une même unité foncière ou sur un même site, dès que les activités tertiaires y occupent au moins 1 000 m² cumulés.
Une fois assujetti, on le reste même si la surface tertiaire repasse sous 1 000 m². Sont exclus les constructions sous permis précaire, les lieux de culte et les bâtiments destinés à la défense, à la sécurité civile ou à la sûreté intérieure du territoire.
Propriétaire et locataire définissent ensemble les actions à mener, selon leurs responsabilités contractuelles, et chacun transmet les consommations des équipements qu'il exploite (articles L. 174-1 et R. 174-28).
Les objectifs et leurs échéances
Chaque bâtiment, partie de bâtiment ou ensemble assujetti doit atteindre, à chaque échéance, l'un ou l'autre de ces objectifs (article R. 174-23) :
| Échéance | Baisse par rapport à la référence | Vérification au plus tard le |
|---|---|---|
| 2030 | -40 % | 31 décembre 2031 |
| 2040 | -50 % | 31 décembre 2041 |
| 2050 | -60 % | 31 décembre 2051 |
- L'objectif relatif se mesure par rapport à la consommation d'une année pleine d'exploitation choisie entre 2010 et 2022. Cette année de référence se déclare sur OPERAT avant le 30 septembre 2027 ; à défaut, c'est la première année pleine déclarée sur la plateforme qui sert de référence (article 3 de l'arrêté du 10 avril 2020). Choisir une année où le bâtiment consommait beaucoup rend l'objectif plus facile à atteindre.
- L'objectif en valeur absolue est une consommation plafond, fixée par arrêté pour chaque catégorie d'activité à partir de la consommation des bâtiments neufs comparables. Il intéresse surtout les bâtiments déjà sobres, pour qui -40 % serait hors de portée.
- Les leviers retenus par le texte : la performance énergétique du bâtiment, des équipements performants et leur régulation, les modalités d’exploitation, l’adaptation des locaux et le comportement des occupants.
- Les actions ne doivent pas augmenter les émissions de gaz à effet de serre ni le recours aux énergies non renouvelables. La chaleur fatale autoconsommée et la recharge des véhicules électriques se déduisent de la consommation (article L. 174-1).
La déclaration sur OPERAT
OPERAT est la plateforme de l'ADEME qui recueille les données du dispositif. Chaque année, au plus tard le 30 septembre, on y déclare les consommations de l'année précédente (article 13 de l'arrêté du 10 avril 2020). On y renseigne (article R. 174-27) :
- les activités tertiaires exercées et la surface concernée ;
- les consommations annuelles par type d’énergie ;
- les données de l’année de référence, avec les justificatifs ;
- les indicateurs d’intensité d’usage propres à chaque activité (horaires, effectifs, volumes) ;
- les éventuelles modulations des objectifs et la consommation de recharge des véhicules électriques.
La déclaration peut être confiée à un prestataire ou, pour les données de comptage, aux gestionnaires de réseaux. OPERAT délivre ensuite une attestation numérique annuelle : notation « Éco Énergie Tertiaire », émissions de gaz à effet de serre en kg équivalent CO2 par m². Son évaluation et son affichage, facultatifs jusqu'au 1er juillet 2026, s'appliquent désormais (article R. 174-32). L'évaluation du respect de l'obligation est aussi annexée, pour information, aux promesses de vente, aux actes de vente et aux baux.
Moduler les objectifs
Les objectifs peuvent être revus à la baisse dans quatre cas (article R. 174-26) :
- des contraintes techniques : risque de pathologie du bâtiment, servitudes ;
- des contraintes architecturales ou patrimoniales ;
- un changement du volume d'activité, pris en compte par les indicateurs d'intensité d'usage ;
- des coûts manifestement disproportionnés par rapport aux économies attendues, avec des temps de retour fixés par arrêté, aides financières déduites.
Sauf pour le volume d'activité, la modulation repose sur un dossier technique établi sous la responsabilité du propriétaire, avec le locataire le cas échéant. L'arrêté du 10 avril 2020 fixe le délai de dépôt : au plus tard cinq ans après la première échéance de déclaration de chaque décennie. Le dossier se fonde en pratique sur une étude énergétique du bâtiment, qui chiffre les actions possibles et leur temps de retour.
Les sanctions
Le préfet dispose d'une procédure graduée (article R. 185-2) :
- Pas de déclaration sur OPERAT : mise en demeure de régulariser sous trois mois. Sans réponse, la mise en demeure est publiée sur le site internet des services de l'État.
- Objectifs non atteints : mise en demeure d'établir un programme d'actions. Faute de programme dans les six mois, nouvelle mise en demeure, sous trois mois, avec publication à la clé.
- Toujours pas de programme, sans justification : amende administrative d'au plus 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale.
- Programme approuvé mais non respecté : constat de carence publié et amende dans les mêmes limites, proportionnée à la gravité des manquements.
Les montants restent modestes. Le risque tient surtout à la publication du nom de l'entreprise et à l'évaluation annexée aux ventes et aux baux, que lisent acheteurs et locataires.
Financer les travaux avec les CEE
Le décret fixe un résultat, pas une liste de travaux. Les fiches d'opérations standardisées du tertiaire ne font aucune exception pour les bâtiments assujettis : une opération conforme à une fiche donne droit à des certificats, et sa prime finance une partie de l'effort. Les opérations qui pèsent le plus sur la consommation :
- Le chauffage : pompe à chaleur ou raccordement à un réseau de chaleur à la place d'une chaudière fossile, avec le Coup de pouce chauffage qui multiplie les certificats par 3 à 5.
- L'isolation : combles et toitures (BAT-EN-101), murs (BAT-EN-102), toitures-terrasses (BAT-EN-107). Ces trois fiches sont abrogées à compter du 1er mai 2027.
- La gestion technique du bâtiment (BAT-TH-116), qui mesure les consommations par usage et pilote le chauffage, la climatisation et l'éclairage. Elle est obligatoire au-delà de 70 kW de chauffage ou de climatisation avec le décret BACS.
- La régulation et l'exploitation : optimiseur de relance (BAT-TH-109), équilibrage des réseaux de chauffage (BAT-SE-103), déstratification d'air dans les locaux de grande hauteur (BAT-TH-142).
La prime se prépare avant la signature des devis : l’offre du financeur des certificats doit précéder l’engagement de l’opération. Le guide du montant de la prime CEE donne les ordres de grandeur par opération, et le simulateur calcule le volume de chaque fiche.
Par où commencer
- Recenser les bâtiments et les surfaces tertiaires, site par site, pour savoir ce qui dépasse 1 000 m².
- Rassembler les factures d'énergie depuis 2010 et choisir l'année de référence la plus favorable, à déclarer avant le 30 septembre 2027.
- Faire réaliser une étude énergétique : consommation par usage, actions possibles, coût, économies, certificats mobilisables, et le cas échéant dossier technique de modulation.
- Planifier les travaux jusqu'à 2030 et préparer les dossiers CEE avant chaque signature de devis.
- Déclarer chaque année sur OPERAT avant le 30 septembre.
Enorel, bureau d'études thermiques et fluides partenaire du site, accompagne les assujettis au décret tertiaire : audit énergétique, plan d'actions, déclaration sur OPERAT et dossiers de certificats d'économies d'énergie. Téléphone : 07 56 88 11 55.
Questions fréquentes
Mon bâtiment fait moins de 1 000 m², suis-je concerné par le décret tertiaire ?
Pas s'il est seul. Le décret s'applique aussi quand des parties d'un bâtiment mixte, ou plusieurs bâtiments situés sur une même unité foncière ou un même site, totalisent au moins 1 000 m² d'activités tertiaires.
Qui doit déclarer sur OPERAT, le propriétaire ou le locataire ?
Les deux, selon leurs responsabilités contractuelles : chacun transmet les consommations des équipements qu'il exploite. Le locataire peut confier la déclaration au propriétaire, et chacun peut la confier à un prestataire.
Quelle est la date limite de déclaration sur OPERAT ?
Le 30 septembre de chaque année, pour les consommations de l'année précédente : les consommations de 2026 se déclarent au plus tard le 30 septembre 2027.
Jusqu'à quand peut-on choisir son année de référence ?
Jusqu'au 30 septembre 2027. L'année de référence est une année pleine d'exploitation entre 2010 et 2022. Sans choix déclaré à cette date, la référence est la première année pleine déclarée sur OPERAT.
Quelles sont les sanctions du décret tertiaire ?
Mise en demeure du préfet, publication sur le site des services de l'État, puis amende administrative d'au plus 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale si aucun programme d'actions n'est fourni ou s'il n'est pas respecté (article R. 185-2 du code de la construction et de l'habitation).
Les CEE peuvent-ils financer les travaux du décret tertiaire ?
Oui. Les fiches d'opérations standardisées du tertiaire ne font pas d'exception pour les bâtiments assujettis. Il faut choisir l'offre du financeur des certificats avant de signer le devis.
Sources
- Code de la construction et de l'habitation, article L. 174-1 (Légifrance, version en vigueur depuis le 25 août 2021)
- Code de la construction et de l'habitation, articles R. 174-22 à R. 174-32 : obligations de réduction de la consommation d'énergie finale des bâtiments tertiaires (Légifrance)
- Code de la construction et de l'habitation, article R. 185-2 : contrôle et sanctions administratives (Légifrance)
- Arrêté du 10 avril 2020 relatif aux obligations d'actions de réduction des consommations d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire, version consolidée (Légifrance, modifié en dernier lieu par l'arrêté du 1er août 2025)
- ADEME, plateforme OPERAT
- Ministère chargé de l’énergie, fiches d’opérations standardisées en vigueur
- Ministère chargé de l’énergie, questions-réponses sur le dispositif des CEE (questions I.1 et I.5)
Seuls les textes publiés au Journal officiel et par le ministère chargé de l'énergie font foi. Les valeurs en euros sont indicatives : la prime versée dépend de l'offre de chaque fournisseur.