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Récupération de chaleur fatale : Financer le projet avec les CEE

Fours, sécheurs, chaudières, compresseurs, groupes froids : la chaleur qu'un site rejette sans l'utiliser peut chauffer des locaux, alimenter un procédé, être stockée, convertie en électricité ou livrée à un réseau de chaleur. Plusieurs fiches d'opérations standardisées financent ces projets, et les plus gros donnent des volumes importants : une pompe à chaleur qui rehausse 6 000 MWh de chaleur fatale par an représente environ 436 000 € au prix moyen des certificats de septembre 2026. Au-delà des plafonds des fiches, le projet passe par une opération spécifique.

Règles vérifiées le 15 octobre 2026 dans les textes officiels

Ce que les textes appellent chaleur fatale

Les fiches retiennent la même définition : une chaleur générée par une installation qui n'en constitue pas une des finalités premières, et qui n'est pas récupérée. Pour les fiches IND-UT-137, 138 et 139, elle est produite sur le site industriel concerné et rejetée par un effluent liquide ou gazeux à plus de 25 °C.

  • Ne sont pas de la chaleur fatale : la géothermie, l’aérothermie, le solaire thermique, la cogénération ou les chaussées thermoactives (fiche IND-UT-137).
  • Les effluents d’un équipement de secours sont exclus (fiches IND-UT-137 et 138).
  • Pour une pompe à chaleur en rehausse, la source doit dépasser 25 °C au moins 90 jours par an avec une moyenne annuelle supérieure à 18 °C ; la chaleur d’un procédé refroidi en circuit fermé côté évaporateur d’un groupe frigorifique n’est pas éligible.
  • La chaleur déjà récupérée avant l’opération se déduit du gisement.

Quelle fiche selon l’usage de la chaleur

UsageFicheCalculLimite
Préchauffer l’air de combustion d’un fourIND-UT-118Forfait par kW de brûleurFour au gaz naturel, fumées à 600 °C ou plus
Récupérer la chaleur d’un compresseur d’airIND-UT-103Forfait par kW d’échangeurPuissance limitée à celle du compresseur
Récupérer les fumées d’une chaudière vapeurIND-UT-104, IND-UT-130Forfait par kW de chaudièreMoins de 20 MW pour le condenseur
Rehausser la température avec une pompe à chaleurIND-UT-13710,986 × (Q - Eélec)5 MW de puissance chaude au plus
Stocker la chaleur pour la restituer plus tardIND-UT-13914,134 × η × C × Nc16 GWh/an de chaleur valorisée au plus
Produire de l’électricité ou de l’air comprimé autoconsommésIND-UT-13814,134 × D × (Précup × η - Pconso)16 GWh/an de chaleur prélevée au plus, pas de vente à un tiers
Livrer la chaleur à un réseau de chaleur ou à un site tiersRES-CH-10814,134 × QMoins de 12 GWh/an nets ; fiche abrogée le 1er octobre 2028
Fiches en vigueur au relevé des textes du ministère.

Dans un bâtiment tertiaire, la récupération de chaleur sur un groupe de production de froid relève de la fiche BAT-TH-139.

Le calcul des fiches sur étude

Les fiches IND-UT-137, 138 et 139 et RES-CH-108 ne donnent pas un forfait : elles multiplient une quantité d'énergie annuelle par un coefficient. 14,134 correspond à 20 ans de durée de vie avec une actualisation de 4 % par an, 10,986 à 14 ans. Le volume en kWh cumac vaut donc à peu près 14 fois (ou 11 fois) l'économie annuelle en kWh.

  • IND-UT-137 : Q est la chaleur fournie par la pompe à chaleur en une année, Eélec l’électricité absorbée par les compresseurs et les auxiliaires. Plus le coefficient de performance est élevé, plus le volume l’est.
  • IND-UT-138 : D est la durée annuelle de fonctionnement, Précup la puissance thermique apportée à la machine thermodynamique, η son rendement brut, Pconso la consommation des auxiliaires.
  • IND-UT-139 : η est le rendement du stockage, C sa capacité maximale, Nc le nombre annuel de cycles complets équivalents.
  • RES-CH-108 : Q est la chaleur nette utilisée par le réseau ou le site tiers en une année.

Ces paramètres viennent d'une étude préalable de dimensionnement, établie, datée et signée par le professionnel ou un bureau d'études. Elle décrit les sources de chaleur fatale et les besoins du site, en principe sur la base de deux années de données (ou d'une simulation pour un site neuf). Pour la conversion en électricité, elle doit aussi justifier pourquoi la chaleur n'est pas plutôt valorisée en chaleur utile ou en froid, sur le site ou dans son environnement.

Six exemples chiffrés

ProjetHypothèsesVolumeValeur indicative
Pompe à chaleur en rehausse, IND-UT-1376 000 MWh de chaleur fournie par an, 1 500 MWh d’électricité absorbée49 437 MWh cumac436 000 €
Livraison à un réseau de chaleur, RES-CH-1085 000 MWh nets valorisés par an70 670 MWh cumac623 300 €
Brûleurs régénératifs sur un four, IND-UT-1181 000 kW de brûleurs, fumées entre 750 et 1 000 °C, 3x8h sans arrêt14 700 MWh cumac129 700 €
Conversion en électricité, IND-UT-1381 000 kW thermiques, rendement de 10 %, 10 kW d’auxiliaires, 7 000 h par an8 904 MWh cumac78 500 €
Stockage de chaleur, IND-UT-1392 000 kWh de capacité, rendement de 90 %, 300 cycles par an7 632 MWh cumac67 300 €
Récupération sur un compresseur d’air, IND-UT-103Échangeur de 80 kW, chaleur pour un procédé, 3x8h sans arrêt3 448 MWh cumac30 400 €
Hypothèses de calcul, pas des projets réels. Valeurs arrondies à la centaine d'euros, au prix moyen des cessions de CEE classiques de septembre 2026 (8,82 € le MWh cumac, registre Emmy). La prime versée dépend de l'offre du financeur.

Cumuls, plafonds et aides

  • Une même chaleur ne se valorise qu’une fois. Les fiches IND-UT-137, 138 et 139 ne se cumulent pas entre elles ni avec IND-UT-103 et IND-UT-118 pour une même fraction de chaleur. Une autre fraction de la même source peut être valorisée par une autre opération, tant que le total ne dépasse pas le gisement.
  • Au-delà des plafonds (5 MW pour une pompe à chaleur, 16 GWh/an pour un stockage ou une conversion, 12 GWh/an vers un réseau), le projet relève d'une opération spécifique, calculée sur étude.
  • Avec une aide de l'ADEME, une opération spécifique ne donne droit à des certificats que si l'aide à l'investissement a été calculée en tenant compte des certificats (article R. 221-19 du code de l'énergie). La question se règle avant de déposer la demande d'aide.
  • Le calendrier : IND-UT-138 vaut pour les opérations engagées avant le 1er janvier 2030, IND-UT-139 avant le 1er septembre 2030, IND-UT-137 avant le 1er janvier 2031 ; RES-CH-108 est abrogée le 1er octobre 2028.

Par où commencer

  1. Cartographier les rejets de chaleur du site : équipements, températures, débits, heures de fonctionnement, chaleur déjà récupérée.
  2. Mettre en face les besoins : procédé, chauffage des locaux, eau chaude, sites voisins, réseau de chaleur.
  3. Choisir la valorisation et la fiche, ou l’opération spécifique, puis réaliser l’étude de dimensionnement exigée.
  4. Consulter les financeurs des certificats et l’ADEME avant toute commande, puis signer l’offre CEE au plus tard à l’engagement.

Enorel, bureau d'études thermiques et fluides partenaire du site, réalise l'audit des rejets de chaleur, l'étude de dimensionnement et le dossier CEE. Téléphone : 06 69 05 62 76.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la chaleur fatale ?

Une chaleur générée par une installation qui n'en constitue pas une des finalités premières, et qui n'est pas récupérée : fumées de fours ou de chaudières, buées de séchage, chaleur des compresseurs ou des condenseurs de groupes froids. Les fiches industrielles exigent en général un effluent à plus de 25 °C produit sur le site.

Quelle fiche CEE pour récupérer de la chaleur fatale ?

Selon l'usage : IND-UT-137 pour une pompe à chaleur en rehausse de température, IND-UT-139 pour un stockage, IND-UT-138 pour une conversion en électricité ou en air comprimé, RES-CH-108 pour une livraison à un réseau de chaleur ou à un tiers, IND-UT-103 pour un compresseur d'air et IND-UT-118 pour le préchauffage de l'air d'un four.

Combien rapporte un projet de récupération de chaleur fatale ?

Le volume vaut environ 14 fois l'énergie récupérée chaque année pour une durée de vie de 20 ans. Livrer 5 000 MWh nets par an à un réseau de chaleur représente 70 670 MWh cumac, soit environ 623 300 € au prix moyen des CEE classiques de septembre 2026.

Une étude est-elle obligatoire ?

Oui pour les fiches IND-UT-137, 138 et 139 : une étude préalable de dimensionnement, établie, datée et signée par le professionnel ou un bureau d'études, fixe les paramètres du calcul.

Que faire si le projet dépasse les plafonds des fiches ?

Au-delà de 5 MW pour une pompe à chaleur, de 16 GWh/an pour un stockage ou une conversion, ou de 12 GWh/an livrés à un réseau, le projet peut faire l'objet d'une opération spécifique, dont le volume est calculé sur étude.

Sources